Le Rhône, « chemin des nations » Château de Tarascon (13) © Marc Perrey-MDFR / Ile de la Table Ronde, Vernaison (69) © Eric Soudan

Le Rhône, « chemin des nations »

Son orientation nord/sud lui a conféré depuis l’Antiquité un rôle majeur dans la formation et l’histoire de la France et de l’Europe. Élément constitutif des territoires qu’il traverse, il est porteur de civilisations, relie tout en faisant office de frontière entre les royaumes d’hier et les régions d’aujourd’hui.

Grâce aux brassages et échanges qu’il a permis entre les peuples, il est un foyer intellectuel pour les sociétés qui le bordent. Au fil de l’histoire, le Rhône et sa vallée ont notamment été une grande voie de pénétration : le peuplement des Celtes à l’Age de fer, la conquête par l’empire romain à l’Antiquité et l’évangélisation chrétienne. Puis l’invasion des tribus germaniques au Ve siècle et des Sarrasins du VIIIe au XIIe siècle. Route du sel, la vallée est aussi celle du pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle au Moyen-Age. Située sur l’itinéraire des croisades en Terre Sainte entre le XIe et le XIIIe siècle, la vallée du Rhône est en outre le théâtre des guerres de religions qui ont opposé Chrétiens et Protestants pendant la Réforme au XVIe siècle.

Constituant au fil des siècles un patrimoine riche d’une histoire mouvementée, le Rhône porte les traces des sociétés auxquelles il a apporté la prospérité et parfois la destruction : des vestiges de la Préhistoire et de l’Antiquité, des fortifications médiévales et des édifices de la Renaissance, un patrimoine industriel et les aménagements qui ont contribué à maîtriser le cours d’eau (digues, ouvrages hydroélectriques).

Le Rhône porte en outre les mémoires des peuples qui ont bordé ses rives, vivant en lien étroit avec ce fleuve ressource en s’accommodant de ses débordements et auquel ils témoignent un attachement allant parfois jusqu’à l’amour. Ce patrimoine culturel du Rhône collecté depuis quelques années est présenté au public par les musées et les associations jalonnant ses bords afin de conserver et transmettre la mémoire de ces hommes de l’eau.

En effet, le fleuve, socle de l’économie, de la gastronomie et de l’art de vivre de la vallée du Rhône, tend à être délaissé par les habitants de ses berges depuis la moitié du XXe siècle, à mesure qu’il a été endigué et aménagé. Ces aménagements ont permis la navigation de bateaux à grand gabarit, la production d’hydroélectricité et la valorisation des terres agricoles, mais ont modifié profondément sa physionomie et son écosystème. Ses riverains, en lui tournant le dos, ont peu à peu perdu leur familiarité avec leur cours d’eau.

Les acteurs locaux oeuvrent également à la valorisation du patrimoine naturel qui a subsisté aux aménagements et à la pollution. Renouant avec l’écosystème fluvial, ils révèlent la richesse de ses potentiels, au travers de manifestations, de mesures de protection de la biodiversité et d’aménagements de ses berges qui favorisent les modes de transport doux et les espaces verts.

Objet de toutes les attentions, la vallée du Rhône est une destination touristique aux nombreux attraits, notamment pour la richesse de ses paysages de la Suisse à la Méditerranée.