L’état des lieux scientifiques et les réactions.
Trois questions à … Guy Oberlin, président du conseil scientifique du Comité de bassin Rhône-Méditerranée.
1 .La pollution du Rhône par les PCB donne actuellement lieu à de nombreuses interventions : dépôts de plainte contre X, interdiction de consommer les poissons… Le Rhône est-t-il réellement un danger pour les populations riveraines alors que, paradoxalement, la tendance actuelle promeut un retour, une réconciliation vers le fleuve (reconquête des berges à Lyon, Saison du Fleuve Rhône…) ? On s’interroge sur la qualité de l’eau. Où en est-t-on ?
" L’amélioration de la qualité de l’eau du Rhône, objet de nombreuses actions et programmes, est réelle. Des résultats sont tangibles. On n’en parle pas assez. Illustration distrayante mais avec du sens : de nombreuses personnes, dont des scientifiques comme moi, se baignent dans le Rhône, des jeunes enfants également. Et on ne sort pas a priori malade de cette immersion dans le fleuve. Il est important de souligner qu’il n’existe aucun souci significatif pour la baignade. Quant à l’interdiction de consommation de poissons pêchés dans le Rhône, il semblerait opportun de lui substituer une recommandation diététique à l’instar des préconisations actuelles incitant à la consommation d’un nombre de légumes ou de fruits par jour ! Ainsi : du poisson, oui, mais surtout pas tous les jours à cause des PCB. Une fois par semaine au maximum, par exemple. Une exposition de courte durée a très peu d'incidence sur la santé. A éviter donc : une ingestion régulière sur de longues périodes, à savoir 365 jours par an, soit une centaine de kilos par an. En résumé, limiter mais ne pas interdire, prodiguer des conseils diététiques.
Quant à la qualité de l’eau, la politique d’amélioration se poursuit, voire s'intensifie. La première loi sur l’Eau en 1964 a instauré les Agences de l’Eau, 1992 marque la naissance des SDAGE (Schémas Directeurs d’Aménagement et de Gestion de l’Eau) et des SAGE (Schéma d’Aménagement et de Gestion de l’Eau), en 2006 la loi sur l’eau et les milieux aquatiques et la Directive Cadre Européenne sur l’Eau qui fixe un bon état des eaux à l’échéance 2015, mobilisent les différents acteurs, publics et privés, agissant dans le domaine de l’eau.
Ainsi, le Rhône s’est nettement amélioré en ce qui concerne les nitrates, les phosphates, certains micro-polluants, et la gestion quotidienne du nucléaire. Sur ce dernier point, le niveau de risque est la plupart du temps bien en dessous des normes, même si l’éventualité d’un accident n’est pas exclue. Ajoutons que dans tous les rapports diffusés par l’Agence de l’Eau, libres d’accès et facilement consultables, la présence des PCB a toujours été mentionnée, même si elle n'était pas quantifiée. On ne découvre pas le problème aujourd'hui."
2. Quels moyens de lutte contre les PCB et leur contamination des eaux ?
" En 1987, la vente des PCB et des appareils en contenant a été totalement interdite en France. Cette première étape est acquise. Mais il faut bien le dire : on hérite du passé. Le pyralène a été utilisé dans les transformateurs, il en subsiste encore des milliers. Une fois extrait, ce pyralène doit être traité. Les établissements industriels homologués pour assurer leur élimination par incinération sont déjà soumis à des réglementations, des contrôles. À l'occasion de la prise de conscience actuelle, on peut émettre un vœu ferme : que cette première phase soit dès que possible assortie d’un cran supplémentaire, c'est à dire d'une contrainte plus sévère. À l’instar de l’incinération des ordures ménagères et des problèmes d’émissions de dioxine : aller plus loin dans les procédés (température suffisante, filtrages, contrôles…). Autre exemple sur un autre pollution, celle des particules produites par les véhicules utilisant le diesel. Aujourd’hui seulement on envisage des filtres. Il faudrait accélérer leur généralisation, leur qualité, et les rendre obligatoires sur les importations (et de bonne qualité, vérifiée, y compris dans la durée …!). Mais interdire le diesel n'aurait pas que des avantages.
Pour revenir au cas des PCB, des aspects de pollutions maîtrisées ou maîtrisables existent avec la présence de grosses unités identifiables, que l’on peut contraindre au niveau de leurs rejets dans l’eau du fleuve. En revanche, compte tenu de leur nature propre (liquide) et de leurs usages passés les PCB sont aussi présents par contaminations diffuses. C’est un autre aspect. Une part importante de la contamination se fait via les eaux de pluie. L'écoulement sur ou dans des sols contaminés par le pyralène issu de l’industrie chimique, des centrales thermiques, des décharges…, arrive en bout de chaîne directement dans les milieux aquatiques ou dans les stations d’épuration qui ne sont pas équipées pour ce traitement.
L'origine de la pollution des sédiments du Rhône par les PCB est difficilement identifiable. Le signal est brouillé. Là comme ailleurs, il faut gérer le passé et ses erreurs. Le traitement des sédiments serait une opération très coûteuse. Où va-t-on trouver les moyens ? Mais surtout, au détriment de quelle autre politique de soutien ? C’est un problème de choix, de gouvernance.
Gérer les pollutions prendra certainement du temps, pour le PCB et surtout pour d'autres (dont les pesticides rémanents), tant dans les sédiments que dans les nappes."
3. Le Rhône n’est pas le seul fleuve, ou milieu aquatique, concerné. Que faire alors ?
" Pourquoi se focaliser sur le Rhône ? C'est un exemple parmi d'autres, et autant en "profiter" …. D’autres bassins sont malheureusement concernés par cette contamination aux PCB. Les trois étapes évoquées précédemment : interdiction, recommandations diététiques et contrôle industriel accru doivent être resituées dans un contexte global. On gère une nature qui résulte de l’action humaine, d’où la nécessité de mener une politique qui colle à la réalité. La qualité de l’eau relève d’une démarche de développement durable. Il faut faire confiance à l’intelligence de ceux des rhodaniens qui ont déjà compris comment gérer la situation, avant pendant et après que les autorités fassent des recommandations, qui ont élaboré des parades pour gérer la complexité, qui ont mis en oeuvre un bon sens. Mais cette confiance se "suscite", se contrôle, et surtout doit être "construite" et encouragée : initiatives publiques et privées peuvent se soutenir, et ne doivent pas s'opposer.
Dans tous les cas, les différents acteurs de l’eau, dont ceux des comités de bassins, sorte de parlement de l’eau, doivent prendre des mesures énergiques pour répondre aux objectifs de la Directive Cadre Européenne sur l’Eau visant à atteindre un bon état écologique des eaux d’ici 2015. Oui aux efforts, et ils sont difficiles pour tous (consommateurs et producteurs). Non à l'abus d'interdictions simplistes. Ces dernières devraient être réservées à des actions provisoires à but pédagogique : faire prendre conscience, faire (ré)agir. Mais très vite un plan d'action et de gestion durable doit prendre le relais. Le développement durable, c'est un travail permanent ! "
Propos recueillis par Marie Françoise Lévèque pour la Maison du fleuve Rhône pour la lettre semestrielle Courant Rhône N° 16 à paraître fin novembre.
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