Février 2006
Bien sûr, en aménageant le fleuve depuis 1/2 siècle, la Compagnie Nationale du Rhône a permis le développement de la production électrique, l’amélioration des conditions de navigation et l’irrigation des terres agricoles. Mais son intervention a aussi eu des effets négatifs, tant sur le plan physique et écologique (fleuve « corseté », débit réduit, destruction de l’habitat de la faune…) que sur le plan social et culturel (déclin des activités liées au fleuve, perte d’une « culture du risque »…).
Schéma 1980.
Au tournant du siècle et du millénaire, l’Etat a demandé à la Direction Régionale de l’Environnement Rhône-Alpes de « corriger le tir ». Ainsi, en 2000, le Programme Décennal de Restauration Hydraulique et Ecologique du fleuve Rhône a été lancé sur le plan opérationnel, en lien avec la CNR et l’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée et Corse. Ce programme se décline en quatre axes principaux :
-La restauration de tronçons de Rhône court-circuités par augmentation du débit réservé schéma 2004
-La restauration des lônes et milieux annexes
-La restauration des communications piscicoles et axes de migration
-Le suivi scientifique de l’ensemble du programme
Outre un volet environnemental très important, le programme comporte un volet socio-économique non moins indispensable. En effet, qui dit restauration écologique et hydraulique dit amélioration du cadre de vie, ce qui conduit – on l’espère ! - à un retour au Rhône à la fois physique (fréquentation de ses berges, pratique de loisirs et sports nautiques…) et culturel (renouveau d’intérêt pour le fleuve, son fonctionnement, son patrimoine…), donc à un essor économique (location de kayaks, vente de boissons…). Et c’est là que le suivi socio-économique intervient : il doit aider les collectivités dans leur recherche d’un développement « vert » et durable, évaluer la réappropriation par les riverains et estimer les retombées économiques sur le territoire.
Bien entendu, le Plan Décennal – je vous fais grâce de son nom complet - concerne l’ensemble du Rhône français, mais il ne peut être appliqué uniformément sur des sites ayant chacun des spécificités écologiques et sociologiques. C’est pourquoi le Plan intègre la problématique locale dans sa méthode d’application, afin que cette « correction » se fasse au plus proche des attentes et besoins des riverains.
Ainsi, en amont de Lyon, le Syndicat du Haut-Rhône - qui réunit 28 communes de l’Ain, de la Savoie et de l’Isère - a signé en 2003 sous l’autorité du préfet de Région le Programme de Réhabilitation du Haut Rhône. Voir plan. Sur son territoire, ce ne sont pas moins de 24 lônes et 3 ouvrages de la CNR qui sont concernés (Chautagne, Belley et Brégnier-Cordon), d’où la nécessité de débloquer 22 millions d’euros sur 5 ans. Aujourd’hui, après le site de Chautagne en 2003-2004, celui de Belley en 2004-2005, c’est au tour du site de Brégnier-Cordon d’être « corrigé ». 10 lônes font actuellement l’objet d’un recreusement et d’une végétalisation, avant de voir leur débit réservé augmenter.
Quant aux riverains qui habitent en aval de Lyon, qu’ils se rassurent, ils n’ont pas été oubliés ! Péage-de-Roussillon, Montélimar et Donzère-Mondragon figurent dans la liste des 6 sites prioritaires du Plan Décennal aux côtés du Haut Rhône, de Miribel-Jonage et de Pierre-Bénite. Mais les dates ne sont pas encore arrêtées… Toutefois, le chantier concernant le site de Péage de Roussillon est déjà entré en « phase active » avec la définition d'une charte d'objectifs, la constitution de la "structure porteuse" (le SMIRCLAID, Syndicat Mixte Intercommunal du Rhône Court-circuité Loire Ardèche Isère Drôme) et le démarrage des études qui doivent définir les débits en aval du barrage de retenue. Quant aux autres sites, patience !