Longtemps cantonnés aux versants de la vallée, les propriétaires terriens, pour gagner une terre riche sur le lit du fleuve, barrent le courant afin de créer en arrière de la retenue un tourbillon favorable au dépôt progressif du limon. Ces premières tentatives d’aménagement sont encore très ponctuelles et localisées, mais elles témoignent de la volonté de l’homme de maîtriser mieux son environnement et d’en tirer des profits.
Le Rhône, sans être le Nil, offre au gré de ses crues de nouvelles terres à cultiver. Il faut alors rapidement s’installer et travailler cette parcelle afin d’établir son droit, possession bien souvent disputée par le voisinage et le fleuve lui-même. Ces terres sont l’objet de bien des convoitises car même non exploitées, elles assurent de nombreux petits profits : chasse, pêche, cueillette ou ramassage de bois.
Néanmoins, l’inconvénient majeur de ces zones reste la menace permanente d’un nouveau débordement du fleuve et donc la disparition de ces terrains riches mais éphémères. L’assèchement des bords du Rhône permet l’établissement de propriétés qui entraînent alors des conflits, en particulier d’une rive à l’autre, entre pouvoirs politiques. Ces améliorations participent aussi à l’assainissement des berges, envahies d’insectes à l’origine de nombreuses épidémies dévastatrices. Mais, jusqu’au XIXème siècle les techniques pour discipliner le fleuve restent rudimentaires et très localisées : quand elles améliorent la situation d’une communauté, bien souvent elles ne font que reporter le problème en aval.