Élément marquant des paysages du bord du Rhône, le bois représente un pan important de l’activité économique que le fleuve génère. Consommé en grande quantité pour le chauffage, utilisé comme matériau de construction, pour les arsenaux royaux de Louis XIV par exemple, ou encore combustible nécessaire au fonctionnement des usines, de tout temps le bois a eu de multiples usages. Encore faut-il pouvoir acheminer cette précieuse matière première jusqu’aux lieux où elle sera transformée.
Du Moyen-Âge jusqu’à la seconde moitié du XIXème siècle, le flottage est le mode de transport le plus courant et le moins onéreux pour le bois. Une première méthode consiste à rassembler le bois sur les rives, à marquer chaque pièce pour qu’une fois mélangée par les flots elle demeure reconnaissable par son propriétaire et à lâcher le bois pour qu’il descende librement le cours d’eau au gré du courant. Arrivé à destination, le bois est arrêté par une grille ou un câble tendu au travers du fleuve. Il s’agit du procédé de flottage à bûches perdues. Une perte de 10% des pièces de bois sur le trajet a amené les hommes de métiers à se pencher sur une solution plus performante.
C’est la création du flottage en trains. Les troncs sont coupés et attachés entre eux pour former un radeau gouvernable qui descend le courant. Ce mode de transport n’est possible que sur des tronçons où le cours d’eau est assez large et peu tumultueux pour éviter que le radeau ne se casse. Hormis le bois dont ils étaient faits, ces embarcations convoyaient d’autres marchandises comme des briques, des produits de la campagne tels que du beurre et du petits bétails et parfois même des personnes.
Si l’arrivée du chemin de fer a presque mis un terme à ce mode de transport fluvial du bois, il reste quand même d’actualité pour l’acheminement de pièces coupées jusqu’à des scieries et des usines à papier. De plus au-delà de sa dimension économique, le flottage demeure encore présent par l’importance qu’il revêt pour l’identité culturelle de certains territoires riverains du Rhône.
L’histoire de la Durance, par exemple, est imprégnée de cette coutume. Durant des siècles et au péril de leur vie, des radeliers ont acheminé sapins, épicéas et mélèzes jusqu’aux grandes villes de Provence. C’est leur bois qui a notamment servi à la construction de la charpente du Palais des Papes à Avignon. Aujourd’hui, des passionnés ont redonné vie à ce beau métier millénaire.
Chaque année, ils organisent fin mai début juin une reconstitution historique mêlant authenticité et volonté de transmettre un savoir retrouvé. Ils construisent des radeaux mesurant 25 mètres de long et pesant 17 tonnes et dévalent, habillés comme dans l’ancien temps, un parcours allant de L’Argentière-La Bessée à Embrun.