Le Rhône, axe fluvial, constitue une grande voie de communication longitudinale entre le nord et le sud, mais il représente également un “ handicap ” pour les échanges est-ouest, d’une rive à l’autre. Le franchissement du fleuve a été de tout temps une nécessité.
Dans l’Antiquité classique, jeter un pont sur un fleuve , c’est-à-dire attenter à la puissance du courant, considéré comme élément divin, s’assortissait de cérémonies religieuses. A Rome, les prêtres en charge de cet office lors de la jonction des deux rives du Tibre ont formé un collège sacerdotal, preuve de l’importance que tenait la réalisation d’un pont dans la cité.
Historiquement, la ville de Lyon s’est construite aux bords de la Saône avant de se tourner vers le Rhône. Les conditions naturelles des fleuves, les techniques disponibles ( gués, bacs, puis les ponts) et les nécessités de liaisons (expansion urbaine, conquête de terrains,…) conditionnent les lieux d’implantation des franchissements.
Très tôt, il a fallu organiser la traversée des fleuves.
Les hauts-fonds naturels, entraves à la navigation, offrent l’opportunité d’un passage à gué. Les emplacements de ces gués, notamment sur la Saône, en amont de Lyon, peuvent être identifiés grâce aux traces qu’ils ont laissé sur les rives : interruption de chemins à quelques mètres de la rivière, appellation des voies de circulation sur les cartes ( chemin du grand gué par exemple), présence de mottes castrales (*),…. Ils sont gratuits en grande majorité sauf pour les lourds chargements.
Mais ce sont surtout les bacs, pendulaires puis à traille, accompagnés par les premiers ponts du Moyen-Age (le pont du Change sur la Saône et le pont de la Guillotière sur le Rhône) qui assureront l’essentiel des traversées fluviales, jusqu’à la fin du XVIème siècle. Au XVème, plusieurs bacs à traille franchissaient le Rhône à la hauteur de l’Hôtel-Dieu. Sans oublier pour le quotidien, les bêches, des barques à fond plat manœuvrées généralement par des femmes pour aller d’une rive à l’autre sur la Saône à Lyon.
Pour mémoire, le passage entre la Presqu’île et le quartier de Gerland sur la rive gauche du Rhône n’a pas été résolu avant le XXème siècle. Au XIXème siècle, il était assuré par un bac à traille et c’est en 1913 que le conseil municipal prend la décision de construire un pont. C’est le pont Pasteur inauguré en 1923.
En 1944, lors de leur retraite, les Allemands procèdent au dynamitage des ponts. Des passerelles en bois et des trailles provisoires font leur réapparition durant les travaux de réparation.
L’histoire des ponts à Lyon est indissociable des impératifs de l’urbanisation. Si le pont Morand en est l’illustration parfaite, d’autres exemples le confirment. Ainsi, le tunnel de la Croix-Rousse, ouvert en 1951, entraîne la démolition du pont Mouton sur la Saône et du pont Waysse sur le Rhône : ils ne sont pas situés dans l’axe et inaptes à la circulation future. Ils sont remplacés respectivement par le pont Clémenceau et le pont Maréchal de Lattre de Tassigny. Le pont de la Boucle, lui aussi, limité en charge est découpé au chalumeau et vendu à la ferraille en 1982. Le pont Winston Churchill, en béton, lui succède en 1983.
Les ponts, éléments de voirie, évoluent en fonction des impératifs de franchissement.
Encore aujourd’hui, on envisage la construction d’un nouveau pont à Vaise.
(*) motte castrale : butte servant d’assise à un château féodal.