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Aménager la voie d'eau

Face à l’effondrement du trafic fluvial, fortement concurrencé par l’avènement du rail (ouverture de la liaison ferroviaire Lyon-Marseille en 1855), le Service spécial du Rhône, créé en 1840 au sein des Ponts et Chaussés, élabore le premier plan de correction du fleuve. Mais il n’apporte pas les résultats escomptés en raison de crédits insuffisants qui limitent les travaux à un endiguement des zones difficiles. Devant cet échec, une loi est votée en 1878 pour fixer et régulariser le cours du fleuve de Lyon à Arles. Ainsi, est entreprise la création d’un chenal navigable de tirant d’eau régulier assurant la navigation durant toute l’année sans interruption.

La réussite de cet aménagement est due à l’ingénieur en chef du Service spécial du Rhône, Girardon, qui, pour mener à bien cette entreprise, choisit d’imiter la nature plutôt que de la contraindre.

Les travaux s’organisent en trois points :

· fermeture des bras secondaires
  par des barrages submersibles pour créer une voie d’eau unique

· fixation de la profondeur d’eau dans les courbes 
  par des digues en épi disposées à l’extérieur de la courbe

· installation de seuils pour élargir le lit du Rhône

Grâce à ce système de concentration des eaux, le fleuve creuse lui-même un chenal de navigation accessible aux bateaux à vapeur.

L’entreprise, hélas tardive, constitue la première tentative réussie de correction du lit du fleuve, et à ce titre la première marque indélébile laissée par l’homme sur le Rhône.

Aujourd’hui certains de ces épis ou « carrés » Girardon, anciens espaces de jeu pour les riverains, sont encore visibles en certains points du fleuve (Île de la Table Ronde à Vernaison, Grigny au sud de Lyon ou Serrières…). Plus au sud, les écologues s’intéressent à ces anciens espaces artificiels redevenus « naturels » au sein desquels se développe un écosystème particulier.

Ces épis Girardon ont eu plusieurs répercussions sur le fleuve en modifiant son cours et son écosystème. Cela se vérifie au niveau du transport des sédiments, de la végétalisation. Ils ont entraîné la diminution du lit du fleuve et réduit les champs d’expansion des crues. Ces modifications ont eu un impact lors des inondations du XXème siècle. Aujourd’hui dans le double objectif de restauration des lônes et de réduction des risques d’inondation, un programme prévoit de détruire ces épis, obstacles à l’écoulement, afin de redonner au fleuve une partie de sa capacité de remodelage de son cours. Une première expérience va être conduite sur le secteur de Montélimar.

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